La filiation

La famille occupe une place prépondérante dans l’œuvre de Nelly Arcan, et est le plus souvent traitée sur un ton très négatif. Ses quatre romans parlent explicitement de la famille ou évoquent le thème de la filiation.

Hormis de très rares exceptions comme le texte de La Robe, le fait le plus notable à ce sujet est le traitement extrêmement négatif que l’auteure fait des relations familiales, ces dernières étant toujours décrites comme conflictuelles et génératrices de haine, de ressentiment, d’instabilité identitaire ou encore de folie.

« Elle pensa à son père et à sa mère. Son père et sa mère avaient été de bons parents. Elle avait été une enfant aimée. Alors quoi ? Elle avait été mieux que bien nourrie. À partir de l’âge de cinq ans elle était toujours occupée à quelque chose, elle avait pris des cours de piano, de dessins, de claquettes, de flûte traversière, d’accordéon, de patinage artistique, elle était première de classe et avait été présidente de ses classes à l’école primaire, elle avait montré du talent dans tout ce qu’elle faisait. Sauf dans le sport, sauf sur patins où elle se retrouvait toujours en fin de classement dans les compétitions régionales, à cause de sa petite constitution qui échouait à se propulser dans les airs. 1

1 Nelly Arcan, La Honte [inédit].

1. La douleur comme histoire de famille

Thème récurrent des œuvres de Nelly Arcan, l’hérédité de la douleur, qui se propage de génération en génération ; les traumatismes s’inscrivent toujours dans une histoire de famille. La folie fait partie également de cet héritage.

« Depuis que je suis toute petite, mes parents m’ont mise en garde contre la décadence qui traîne dans la famille. Du côté de ma mère. Tous les hommes sont morts alcooliques, dans la famille de ma mère il existe un penchant certain pour la noyade. 2 »

La narratrice prétend qu’elle est le fruit d’une aberration et qu’elle n’aurait jamais dû voir le jour. Il aurait fallu en quelque sorte interrompre la chaîne filiale pour mettre fin au cycle de la folie.

« Et je suis là en train de geindre, moi, issue d’une aberration, d’une impossibilité sexuelle qui s’est tout de même produite, et pour combien de temps encore faudra-t-il me vider la tête […]. 3 »

« […] si ce livre témoigne de tout ce qui me sépare d’eux, non, je n’ai surtout pas envie qu’ils occupent ce territoire, qu’ils piétinent ce qu’ils ne sont pas parvenus à corrompre tout à fait, cette part de moi qui leur échappe, car ils n’avaient pas prévu qu’il puisse exister plus d’une façon de vivre le mal de vivre. 4 »

Dans À ciel Ouvert, le personnage de Charles est aussi victime de troubles psychologiques causés par les mauvais traitements de son père, un boucher, pendant son enfance. La maladie mentale du père a été transmise au fils, qui est en proie à une fascination morbide pour la chair.

Dans Paradis, clef en main enfin, ce n’est plus la maladie mentale, mais le suicide et le mal de vivre qui traversent l’histoire familiale :

« Elle s’appelle Antoinette Beauchamp, son oncle s’est suicidé lorsqu’elle avait quinze ans, son grand-père aussi, ça court dans la famille. »

2 Nelly Arcan, Folle, Paris, Seuil, « Points », 2005 [2004 pour la première édition], p. 86.

3 Nelly Arcan, Putain, Paris, Seuil, « Points », 2002 [2001 pour la première édition], p. 37.

4 Nelly Arcan, Putain, p. 47.

2. La figure maternelle

La figure maternelle est sans doute la figure la plus complexe en même temps que celle qui subit le plus les foudres de Nelly Arcan. Dans Putain et Paradis, clef en main plus particulièrement, l’auteure décrit la relation conflictuelle qui unit et désunit une mère et sa fille. En entrevue, Nelly Arcan ira même jusqu’à dire que sa mère constituait son « dragon intérieur » : « Dans mon premier livre le dragon c’était ma mère, dans le second c’est mon amant. » 5

5 Le Droit, Ottawa Gatineau, 28-29 août 2004.

2.1 Putain

Dans Putain, Arcan offre au lecteur une dichotomie assez radicale du genre féminin où elle divise les femmes en deux groupes : les schtoumpfettes et les larves.

« Toute réflexion sur les femmes, dans mon livre [putain], est l’aboutissement d’une expérience familiale, plus particulièrement du rapport à la mère. 6 »

Ici, la mère de la narratrice est une larve, c’est-à-dire qui vit dans la passivité la plus totale, se soumet à l’autre sans vouloir influencer ses actions en provoquant son désir. La narratrice critique sa mère sur sa passivité et son manque d’autonomie, elle lui reproche de se laisser vivre dans cette condition sans avoir le courage de se donner la mort ou de quitter un mari qui ne la désire plus et se détourne d’elle.

« […] il ne s’agit des autres, mais de mon dégout d’être une larve engendrée par une larve, dégout pour cette mère que je déteste à chaque moment, jusque dans la plus lointaine de mes arrière-pensées, et si je la déteste à ce point ce n’est pas pour sa tyrannie ou pour un pouvoir dont elle jouerait traîtreusement, non, mais pour sa vie de larve, sa vie de gigoter à la même place, se retournant sur son impuissance, sa vie de gémir d’être elle-même, ignorée par mon père, sa vie de penser que mon père la persécute et lui veut du mal, mais mon père ne veut rien d’elle, rien pour elle, il ne la déteste ni ne l’aime, seule la pitié le retient de partir là-bas, sur son voilier pour faire le tour du monde, et elle le sait, mais ne fait rien, d’ailleurs a-t-elle déjà fait quoi que ce soit dans sa vie en dehors de ses activités et de ses plaintes de larve, flac flac du dos au ventre et du ventre au dos, plier et déplier en même temps dans le lit conjugal, mourir d’être une larve sous les couvertures nuptiales, la Belle au bois dormant, ni belle ni même dormant, car pour dormir vraiment, sainement, dormir comme dorment les mères tranquilles, il faudrait qu’elles sache vivre sans mon père et je vous dis qu’elle a besoin de lui pour dormir ou se réveiller ou encore pour manger, elle a besoin de lui alors que lui n’en veut pas, alors qu’au détour d’un geste qu’il ne lui adresse pas elle le suit de ses yeux de chienne qui attend l’heure de la promenade. 7 »

« À bien y penser, j’ai eu trop de mères, trop de ces modèles de dévotes réduites à un nom de remplacement, et peut-être après tout qu’elles n’y croyaient pas à leur Dieu si assoiffé de noms, enfin pas jusqu’au bout, peut-être cherchaient-elles simplement un prétexte pour se détacher de leur famille, pour se dégager de l’acte qui leur a fait voir le jour comme si Dieu ne savait pas qu’elles venaient de là, d’un père et d’un mère, comme s’il ne pouvait pas voir ce qu’elles tentaient de cacher derrière leur Jeanne et leur Anne, ce nom malencontreusement choisi par les parents, j’ai eu trop de ces mères-là et pas assez de la mienne, ma mère qui ne m’appelait pas, car elle avait trop à dormir, ma mère qui dans son sommeil a laissé mon père se charger de moi. 8 »

Ce que la narratrice ne supporte pas dans la position de soumission de sa mère, c’est qu’elle lui rappelle intimement la sienne, car être prostituée, c’est être aussi dans une position de subordination permanente.

« […] et déjà j’étais comme ma mère, à céder ma place, à regarder les autres la prendre, à ne rien pouvoir faire d’autre que dormir et vieillir, disparaître dans la succession des saisons, dans la dérive des continents et le mouvement des astres, dans la conquête de l’espace et la mise en marché des milliards de choses à poudrer, à habiller et à jeter, et tous ces enfants à naitre pour que ça puisse continuer, la vie et ses cycles, l’éternel retour du même, de la baise et du culte du beau, le culte de faire durer la jeunesse pendant la vieillesse […]. 9 »

La seule solution pour échapper à cette mère qui l’enferme dans sa propre condition est de se donner la mort.

« […] j’ai la mort au bout des synapses que je ne sais plus faire taire, et moi je vous dis que ce cerveau n’est pas le mien, c’est celui de ma mère car il a pris sa stature de larve en vieillissant, il a grandi vers le bas à mon insu et s’est fixé au sol de peur de faire mieux qu’elle, vous voyez il ne faut jamais faire mieux que sa mère surtout si elle meurt de sa petitesse, ça pourrait l’achever de se voir surpassée par une enfant dont elle a exigé la compagnie fidèle pendant que le père courait les putains, alors il faudrait la soigner avant moi sinon je doute fort que ce soit efficace, il suffirait que je pense à elle une seule fois pour que ma tête redevienne la sienne, je l’ai déjà dit je crois, j’ai ma mère sur le dos et sur les bras, pendue à mon cou et roulée en en boule à mes pieds, je l’ai de toutes les façons et partout en même temps, voilà pourquoi il faudrait qu’on me coupe la tête, qu’on m’arrache la peau, il faudrait détruire tout ce qu’elle a marqué de sa morsure de chienne lorsque j’étais encore au berceau, il faudrait me dépecer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que les os, et au moment de ne plus offrir de surface où elle puisse déposer sa charge, je deviendrai quelqu’un qui ne sera pas elle, je serai morte sans doute mais j’aurai accompli un exploit, celui d’être la fille de personne, enfin le temps d’enlever à ma mère sa poupée, oui, les mères sont comme les oiseaux en cage, elles ont besoin d’une présence pour se mettre à chanter, voilà pourquoi elles se regardent longuement dans le miroir en comptant les taches brunes qui recouvrent leurs mains […]. 10 »

« Il faut aller droit à l’essentiel, à ce qui me tue, et surtout je dois savoir pourquoi il en est ainsi, je le sais déjà, mais il faut m’en convaincre, savoir hors de tout doute ce que j’ai à faire, payer de ma vie la mort de ma mère, oui, j’ai tué ma mère, je lui ai pris sa jeunesse et l’attention des hommes, et ce n’est pas ma faute direz-vous, car je n’ai pas choisi de naître ainsi, de cette mère et dans cette famille, et moi je dis qu’on peut être coupable sans avoir choisi ou fait quoi que ce soit […]. 11 »

6 Papier pressé, le bulletin du livre francophone d’Amérique, 17 janvier 2002.

7 Nelly Arcan, Putain, p. 36-37.

8 Nelly Arcan, Putain, p. 9.

9 Nelly Arcan, Putain, p. 91.

10 Nelly Arcan, Putain, p. 138-139.

11 Nelly Arcan, Putain, p. 79-80.

2.2 Paradis, clef en main

Dans Paradis, clef en main, la mère de la narratrice est encore désignée comme la grande responsable d’un mal incurable qui ronge la famille, l’ennemie idéale ; tout ce que cette dernière entreprend pour aider sa fille se voit opposer une fin de non-recevoir.

« C’est moi qui ai besoin de ton aide pour t’aider toi. C’est toi la malade de mère, la première métastase, c’est toi le cancer. Même ton père n’a pas pu se protéger contre ta propagation mortelle. Il s’est explosé la cervelle. 12 »

Dans Paradis, clef en main toutefois, la figure maternelle est aux antipodes de celle décrite dans Putain. Alors que cette dernière était présentée comme une larve, soumise et passive, elle est ici caractérisée par la force, la détermination et la réussite. Dans ce dernier roman, c’est la figure de la fille qui porte l’échec ; à l’opposé du spectre, la mère correspond à une face positive de l’individualisme : c’est une chef d’entreprise, une femme active « forte et ambitieuse » qui a fondé une compagnie de cosmétiques vendus partout dans le monde. Antoinette, au contraire, est une jeune femme effacée, recluse, qui vit sa vie par défaut en attendant la mort. C’est de cet antagonisme encore que naît cette fois le conflit entre la mère et sa fille :

« Mère et merde, une autre parenté de mots, que je ne commenterai pas : elle et moi, on est dans le même bain, on vient du même moule. 13 »

« Jamais il n’aurait osé se confier à toi. Tu rayonnes trop, tu es trop toute. Les rayonnants n’ont pas d’oreilles, ils ne sont occupés qu’à ça, à leur propre complétude. 14 »

La narratrice, malgré cela, éprouve des sentiments ambigus pour sa mère.

« Ma mère, je ne peux pas l’aimer. Ce n’est pas contre elle. Ce n’est pas une manière d’enfant gâté de tester son endurance comme celle de job. La haine est un garde-fou. La haine est un écran solaire qui me protège des intentions mortelles de ce qui brille trop fort, de ce qui est plus grand que moi, même si cette grandeur prodigue des soins. Ce tuage est dans la tête. C’est un truc psychologique. Les géants peuvent manger leurs enfants par accident. Ils peuvent écraser leurs enfants simplement en posant un pied devant l’autre, sans y avoir pensé, sans l’avoir voulu. 15 »

« Ma mère, je ne peux pas la haïr non plus. C’est ça, le pire. Se battre contre une mère, c’est japper à contre-courant, c’est frapper un mur, c’est ouvrir grand la gueule sur sa propre gueule mordue et grande ouverte. Tout ce que je peux faire, c’est me tenir debout, façon de parler, dans l’alternance quotidienne des cris et des pleurs de repentirs, dans le cycle rapide des coups de griffes et des caresses comme des pansements sur les coups. C’est une danse infatigable qui me garde en vie, qui établit une limite entre l’intégrité de mon corps malléable, pâte à modeler, et sa dissolution. 16 »

12 Nelly Arcan, Paradis, clef en main, Montréal, Coups de tête, 2009, p. 25.

13 Nelly Arcan, Paradis, clef en main, p. 13.

14 Nelly Arcan, Paradis, clef en main, p. 28.

15 Nelly Arcan, Paradis, clef en main, p. 30.

16 Nelly Arcan, Paradis, clef en main, p. 30-31.

2.3 La Robe

Dans la nouvelle La Robe , la mère, prisonnière de sa robe de chambre et constamment affalée sur le divan, est encore une fois décrite comme une femme passive et dépressive. Le portrait rappelle celui de la mère dans Putain.

« Ma mère était la femme la plus triste au monde, son visage était aussi un tricotage de grimaces de tristesse et de peau. À force, son visage n’a plus touché personne. C’est ça, le vrai drame, être si triste et si longtemps qu’on ne touche plus. Pour toucher avec son malheur, il faut rester bref. »

« Sa robe de chambre était un enrobement de nudité. Sa robe de chambre était comme une peau nue exposée au grand jour. La robe de chambre est le symbole ostentatoire de la nudité des mères, la vraie, pas celle qui excite et qui s’étale sur un site Web comme façon moderne de pétasser, comme façon dernier cri de se vendre au coin d’une rue, mais celle qui fait parfois naître la pitié, au mieux la compassion. Ce mouvement de compassion, je l’ai refusé pour moi et pour les autres. J’ai choisi de juger, comme j’ai choisi de mourir. 17 »

Plus loin, la narratrice livre en quelques lignes une manière de confession, avouant sa culpabilité d’avoir tant honni sa mère :

« La robe de chambre, ma mère. De ma mère j’ai eu honte, dans le temps. Je l’ai jugée et je le regrette. À juger sa mère, on perd sa vie. Juger sa mère c’est engueuler un miroir, c’est montrer les dents dans le noir, c’est se manger, c’est ouvrir la gueule sur sa propre gueule ouverte, c’est mordre cette gueule qui sert à mordre. C’est bruyant, c’est baveux et ça ne sert à rien. Juger sa mère c’est lancer un boomerang. On pense qu’il ira loin devant, mais il nous surprend derrière la tête. Comme une claque de maîtresse d’école, ça claque quand on la perd de vue. Parfois le boomerang met des années à revenir, à frapper dans le dos, mais dans le passage du temps il gagne en vitesse et l’impact n’en est que plus fort. Juger sa mère, c’est se tirer à bout portant. »

« Parfois je caresse le tissu usé de ma robe de chambre et c’est comme si je voulais lui caresser sa peau à elle. Toutes les mères du monde portent une robe de chambre qui devient ensuite le chemin obligé des filles. Petite je trouvais ma mère belle. Une femme, c’est d’être belle. Même en jouant à la marelle, même en s’accouplant, même en enfantant, c’est toujours d’être belle. C’est un sort atroce parce que la beauté est à l’abri de toutes les révolutions. Pour être libre, il faut faire la révolution. Les femmes ne seront jamais libres. Les mères seront toujours la première prison des filles. 18 »

17 Nelly Arcan, La Robe [inédit].

18 Nelly Arcan, La Robe [inédit].

2.4 La honte

La Honte s’attarde aussi sur ce personnage décrit dans Putain et La Robe : une femme casanière qui vit sa vie par procuration en se gavant de téléromans et de séries.

« En effet, quand son père partait sa mère restait. Dans la maison Nelly n’avait jamais manqué de rien, elle avait disposé d’une petite chambre aux murs jaunes pendant l’enfance puis de la même petite chambre aux murs blancs recouverts de posters de vedettes rock pendant l’adolescence. Dans ses souvenirs il y avait beaucoup de téléromans, sa mère les suivait à peu près tous. Quand elle ne pouvait en regarder deux à la fois elle en enregistrait un et le regardait ensuite, elle remplissait ainsi ses soirées et ses fins de semaine d’histoires d’amour, de drames et trahisons, d’intrigues à suivre, elle menait une vie traversée par des évènements extraordinaires, mais à l’abri de tout, à commencer par les efforts, l’énergie et le temps qu’exige l’extraordinaire. Sa mère se gavait sans jamais être envahie. Sa mère était une maison remplie, mais aussi une maison fermée. Sa mère Maison. Dallas. Sa mère Sue Hellen. Sa mère Dames de Cœur. Sa mère toujours disponible sur le divan, mais accaparée par l’écran de la télévision, et sur le corps de laquelle Nelly s’endormait, le soir, l’âme en paix. Dans ses souvenirs il y avait aussi des images de sa mère en train de faire le ménage, un chiffon à la main. 19 »

Cependant, Nelly Arcan émet ici de rares commentaires positifs sur une figure maternelle, avouant n’avoir jamais manqué de rien, et surtout pas d’amour.

« Trop longtemps, pendant trop d’années, Nelly avait dormi dans le lit de sa mère, avec elle, chaque fois que son père était absent. Elle aimait dormir dans le lit de sa mère car cette présence la protégeait des menaces fantomatiques, malveillantes, de l’enfance, à tel point que parfois elle avait souhaité le départ du père. La nuit elle était le mari de sa mère en occupant le côté droit du lit. Alors c’était peut-être pour cela qu’elle avait confondu dans son esprit l’ordre de grandeur des membres d’une famille ? 20 »

« La mère avait aimé sa fille qui avait aussi été aimée par son père. La mère avait toujours été là pour elle. Alors quoi ? Sa fille n’avait jamais été battue ni abusée comme décrit à la télévision. Son père avait eu des torts envers la mère, ça oui, mais pas envers sa fille. Si c’était le cas, ce n’était pas à elle de le dire. 21 »

19 Nelly Arcan, La Honte [inédit].

20 Nelly Arcan, La Honte [inédit].

21 Nelly Arcan, La Honte [inédit].

2.5 L’Enfant dans le miroir

L’Enfant dans le miroir s’attache à décrire les turpitudes qui s’abattent sur les enfants quand ils entrent dans l’adolescence. Outre les transformations physiques, Arcan y traite des changements qui s’opèrent dans les relations parents-enfants. Dans ce texte également écrit à la première personne, la narratrice raconte l’indifférence de sa mère à ses troubles alimentaires et la relation d’hostilité qui naît entre elles.

« Ma mère et moi on avait toutes les deux des rapports d’alter ego, on saluait nos points communs, en dehors de sa propre image que je devais lui renvoyer on était en exil l’une en face de l’autre. Encore aujourd’hui je lui en suis reconnaissante, je veux dire de son désintérêt pour mon amaigrissement, ma mère m’a laissée seule dans mes efforts pour assécher ma substance et je l’en remercie, enfin on a pu se séparer sans drame, dans le silence de l’indifférence. 22 »

« Devant ma mère aveugle à mon poids j’étais heureuse, j’étais ravie d’être différente d’elle, ravie de ne pas suivre le parcours de sa propre silhouette ; en maigrissant je me suis expulsée de ses jupes. Mon père en revanche cherchait sur moi d’un œil avide les formes d’une féminité qu’avec les années ma mère perdait les unes après les autres en devenant une boule, un œuf qui bave, une patate qui s’opposait à ses érections, qui s’opposait d’ailleurs à toutes les érections possibles ; après avoir traversé le chagrin de me voir grandir mon père s’est tout de suite inquiété de ma puberté. 23 »

22 Nelly Arcan, L’Enfant dans le miroir [inédit].

23 Nelly Arcan, L’Enfant dans le miroir [inédit].

3. La figure paternelle

La figure paternelle est moins présente que celle de la mère dans l’œuvre de Nelly Arcan. Elle n’apparait réellement que dans Putain, où elle constitue un stéréotype de la domination masculine, et dans À ciel ouvert, où le père est un homme dérangé qui laissera à son fils un lourd héritage psychologique. Dans Folle, c’est le grand-père de la narratrice qui vient jouer le rôle de figure paternelle autoritaire et réconfortante, alors que dans Paradis, clef en main elle est absente et remplacé par un oncle profondément aimant et, comme la narratrice, suicidaire.

3.1 Putain

Dans Putain, le père de la narratrice est décrit comme un homme profondément hypocrite, un homme pieux qui fait pourtant affaire, ainsi que le soupçonne sa fille, avec des prostituées. Cynthia explique qu’elle est d’ailleurs devenue putain pour exorciser symboliquement la passivité de sa mère, l’aider à quitter son mari et redevenir désirable par procuration.

« Et puis il y avait mon père qui ne dormait pas et qui croyait en Dieu, d’ailleurs il ne faisait que ça, croire en Dieu, prier Dieu, parler de Dieu, prévoir le pire pour tous et se préparer pour le Jugement dernier, dénoncer les hommes à l’heure des nouvelles pendant le souper, pendant que le tiers-monde meurt de faim disait-il chaque fois, quelle honte de vivre ici si facilement, si grassement, il y avait donc mon père que j’ai aimé et qui m’a aimée en retour, il m’a aimée pour deux, pour trois, il m’a tellement aimée que l’amour-propre aurait été de trop, ingrat devant ce jet qui me parvenait de l’extérieur […]. 24 »

« […] il ne baise plus ma mère, mais il en baise d’autres, et comment faire autrement, le corps de ma mère va à l’encontre de l’instinct, du viable, il s’amenuise et s’épaissit en même temps, et ce n’est pas l’arthrite ni le cancer qui la ronge, ni même la tristesse, mais sa laideur qui s’étend toujours plus, la faisant disparaître derrière ses rougeurs, sa peau qui miroite, derrière son dos sous lequel elle se terre, ses cheveux gris jaunissants, sa vieillesse mal vécue, son air de chienne esseulée. 25 »

Dans l’imaginaire de Cynthia, son père n’est pas différent des autres clients : il participe à la reproduction des rapports de domination et à l’économie de la luxure.

« Sur la queue de mon père qui commerce avec les putains, et pas avec une seule je suppose, car la putain en désigne automatiquement une autre avec son corps qui par nature en représente une autre, et ainsi se renvoient-elles la queue de leurs clients, la queue de mon père qui bande pour toute autre femme que la sienne […]. 26 »

« […] ma mère a bien un prénom à elle qui n’est pas le mien, elle s’appelle Adèle, elle porte un joli nom que très peu de femmes portent, mais pour mon père il ne sert à rien que les choses soient rares ou jolies, car il les confond toujours entre elles même si elles pendent à son cou depuis un demi-siècle, dans sa maison et dans son lit, voilà sans doute pourquoi il attend le jour du Jugement dernier, cette fin des temps qui viendra raser tout ce qui peut se nommer.

Mais il doit bien savoir que ma mère meurt et que je fais la putain, il le sait, mais s’en réjouit peut-être, il doit penser à moi lorsqu’il s’amuse avec ses putains de la même façon que je pense à lui lorsque les clients s’amusent avec moi, vous vous rappelez, la porte qui s’ouvre sur l’autre et la surprise qui n’en est pas une, coucou papa c’est moi ta femme-fille qui se présente à toi sous la forme d’une putain portant un nom qui n’est pas le sien, le nom de ta fille morte à qui je dois le fait d’être en vie puisque c’est son petit cadavre qui vous a pressés vers le lit, et ce n’est pas important de toute façon qu’il le sache ou non, car ce qui compte est le plaisir qui trouve son chemin, toujours, il faut bander et jouir à tout prix ou faire bander et faire jouir, il faut payer ou se faire payer, se vider de son sperme ou en recevoir sur le visage, on ne doit pas oublier que si les hommes payent les putains ce n’est pas pour faire avec elles ce qu’ils font avec leur femme, et de croire qu’ils sont les seuls à avoir du plaisir est une erreur, je le sais, car j’en ai Dieu merci, il faut bien que ce qu’on fait sur moi soit parfois agréable, il faut bien en retirer du plaisir en début de journée avec le premier client jusqu’au troisième, car à partir du quatrième ça devient difficile, c’est la répétition qui rend ce métier dégoûtant, la répétition des mêmes gestes qui n’assouvissent plus rien ou si peu […]. 27 »

24 Nelly Arcan, Putain, p. 10.

25 Nelly Arcan, Putain, p. 34.

26 Nelly Arcan, Putain, p. 85.

27 Nelly Arcan, Putain, p. 141-142.

3.2 La Robe

Texte très proche de Putain, La Robe reprend cette figure du père absent et entretenant des aventures parallèles.

« Mon père, par définition maternelle, était absent. Toujours parti, mon père, disait ma mère. C’est difficile à faire, un portrait de l’absence, ça ne se photographie pas. 28 »

28 Nelly Arcan, La Robe [inédit].

3.3 L’Enfant dans le miroir

Dans la lignée de Putain et de La Robe, L’Enfant dans le miroir décrit un père absent, infidèle, qui n’éprouve plus aucun amour pour sa femme, voire la méprise : « Souvent mon père disait de ma mère qu’elle était une chienne. »

« Un jour en me voyant pleurer mon père a pleuré avec moi. Peut-être ne pleurait-il pas pour moi, mais pour l’une de ses maîtresses qui venait de le quitter, mon père avait une vie secrète qu’il arrivait mal à cacher, ses secrets transpiraient partout dans la maison, ils me sautaient aux yeux et à ceux de ma mère sans qu’on puisse les localiser avec certitude ; certains jours mon père était harassant de bonne humeur, ses fous rires nous écorchaient ma mère et moi ; d’autres jours encore il se taisait, il observait un silence duquel on était exclues, moi et ma mère, elle et moi on savait d’instinct que la cause des fous rires ou des silences de mon père se trouvait hors de la maison, en n’étant pas concernées on se sentait persécutées. 29 »

« Quand mon père avait une maîtresse il parlait beaucoup de son propre père à la maison, il répétait à ma mère et à moi que son père avait toujours été fidèle en amour ; quand il disait ça je me disais que l’amour était du même ordre que la fessée, que l’amour était une sorte de volée, c’était du même ordre que les coups qu’on donne ou pas selon que ses parents en ont donné ou pas, je me disais que sur ce plan les parents font toujours l’inverse de leurs propres parents, qu’ils trompent l’autre par révolte contre quelqu’un d’autre. 30 »

29 Nelly Arcan, L’Enfant dans le miroir [inédit].

30 Nelly Arcan, L’Enfant dans le miroir [inédit].

3.4 À ciel ouvert

Contrairement à Putain, la figure du père dans À ciel ouvert ne cherche pas à exemplifier les rapports de dominations dans une société patriarcale, mais est plutôt le vecteur de la transmission de la folie. Charles Nadeau, un des personnages principaux, est obsédé par la chair féminine, la chirurgie et les sévices corporels. Il faut plonger dans l’histoire de famille remonter aux racines de ce mal. Charles a été torturé par son père étant enfant.

« Encouragé par le corps de Julie qui se penchait sur lui, encouragé aussi par ses questions qui le relançaient, Charles avait fini par céder et parler de la boucherie de Pierre Nadeau, son père, en donnant des détails qu’il s’était promis de ne jamais mettre en mots, de peur de tout déterrer, de ramener au vif du présent l’abomination passée. Les hésitations, la pudeur du début avaient vite laissé place à un déversement impossible à arrêter. Sa crainte face au tabou trouvait à s’apaiser au fur et à mesure que son récit prenait forme et que Julie, qui n’entendait plus les enfants, et qui ne percevait du monde que l’extraordinaire de ce récit, laissant voir sa stupéfaction. »

« Charles avait gardé de son enfance des souvenirs terribles et remplis d’angoisse, justement, d’une vraie angoisse de pièces de viande suspendues, celles de son père et de sa boucherie ; d’une chambrette surtout à l’intérieur de la boucherie chargée du froid et de l’odeur de la mort où son père avait l’habitude de l’enfermer chaque fois qu’il avait des crises d’angoisse et qu’il réclamait sa mère et sa sœur parties vivre dans une autre ville, alors qu’il avait douze ans. Il lui avait parlé de ses visions de pièces de viande ouvertes, dépecées, cordées, de son sentiment que la vie allait prendre dans cette chair pour l’attraper, le mettre en pièces destinées à être à leur tour suspendues et, qui sait, à se remémorer cette vie où elles formaient un tout. 31 »

« Le père liait entre eux les éléments les plus lointains, les plus fantastiques, il se perdait dans son système en croyant s’y retrouver, comprendre de mieux en mieux les dangers planétaires qui menaçaient l’humanité ; et immanquablement Charles commençait à gémir, à pleurer, ne tenait plus en place, ne se sentait bien nulle part, pas même dans sa chambre d’où lui parvenaient toujours les déjections du père. Le père réagissait alors, Charles existait enfin, ce fils qu’il lui fallait écarter, cette existence qui, à présent, hurlait. Il le traînait jusqu’à la chambrette, un ancien réfrigérateur qui ne s’ouvrait pas de l’intérieur. Il faisait disparaître le fils en l’y enfermant, à moitié pour ne plus avoir à subir sa présence dans le déploiement de son délire, à moitié pour l’en protéger, de ce délire au milieu duquel il percevait, par éclaircies, l’angoisse de Charles témoin de sa folie, qu’il voulait guérir. Il allait presque toujours le chercher une heure plus tard, deux heures tout au plus, mais parfois il l’oubliait tout à fait, se réveillait au milieu de la nuit en se rappelant qu’il l’avait oublié. Alors il courait jusqu’à la chambrette, pardon, pardon, il faisait sortir son fils en boule qui grelottait, toujours gémissant, pour le couvrir de sa tendresse rugueuse, le serrant trop fort, pleurant sur lui, l’étouffant, pardon, pardon, tendresse qui était, pour Charles, pire que ses heures de détention. »

« Pendant l’isolement dans l’obscurité et le froid de la chambrette, commençait pour lui une autre guerre, celle qu’il devait mener non plus contre son père, mais contre ses propres pensées, qui déboulaient. Les morceaux de viande qu’il ne pouvait pas voir lui apparaissaient de façon photographique, détaillée, leur présence se pressait sur la porte de la chambrette, il y avait des bruits aussi, ceux que font des pas dans une flaque d’eau. Il entendait les sons de la viscosité en mouvement qui se tendait vers lui en une étreinte mortelle. Charles se faisait alors petit dans un coin, essayait de respirer le moins possible, de disparaître aux yeux de la boucherie. »

« Ce cauchemar avait duré plus d’un an, après quoi Diane avait repris sa garde, elle l’avait emmené vivre avec elle et sa sœur à Magog, non loin de Montréal. Si la mère était intervenue ne serait-ce qu’un mois plus tard, il aurait été trop tard, Charles en était convaincu, il serait lui-même devenu fou, il aurait sombré avec son père en le suivant dans ses croyances, dans ses vues d’Amazones et de traîtrise planétaire. Il l’aurait fait par survie, par adaptation de l’esprit face à l’intolérable, face à la cassure des choses attendues, face aux jours en ruine, qui se déployaient dans une logique infernale dont seul son père avait la clé. »

« Charles ne pouvait plus s’arrêter de parler et au fur et à mesure de son récit Julie posait des questions, se prononçait, elle lui avait même servi un petit chef-d’œuvre d’explication, elle lui avait expliqué pourquoi il était devenu photographe et pourquoi il ne désirait pas ses modèles, pourquoi il aimait l’unité lisse des corps de femmes sur les photos, leur intégrité sécurisée par les images mêmes, glacis de la photo qui rendait leurs corps étanches, inaltérables, sans odeur et par le fait même sans sexe, sublimes mais non bandants. Eh bien, avait élaboré Julie, c’était justement parce que son père était boucher. 32 »

31 Nelly Arcan, À ciel ouvert, Paris, Seuil, « Points », 2010 [2007 pour la première édition], p. 57.

32 Nelly Arcan, À ciel ouvert, p. 59-61.

3.5 Paradis, clef en main

Dans Paradis, clef en main, le père est tout simplement absent et réduit à un don de sperme, une situation familiale qui accentue le caractère individualiste et carriériste de la mère, une personne forte, arriviste et entreprenante qui n’avait pas besoin d’un homme pour faire sa vie, avoir un enfant et se construire une carrière.

« Ah oui, j’oubliais : je n’ai pas de père. Mon père réside dans le geste d’un don de sperme, dans une éjaculation à but procréatif et dans la volonté de ma mère de le réduire à ce don. Je sais que le sujet du don de sperme, du père miniaturisé dans l’un de ses spermatozoïdes, celui qui m’a façonnée en épousant l’ovule de ma mère, mériterait que je m’y attarde, que je m’y penche davantage. Mais voilà, je n’ai rien à en dire. 33 »

« De cette parcelle biologique, proche et lointaine, enfouie dans les entrailles de ma mère à sa demande, je n’ai rien à dire, enfin rien de plus que la petitesse risible déjà constatée d’un père déchargé dans une fiole, d’un père congelé, sélectionné, enfourné. D’un père évacué. Qui n’a d’ailleurs jamais occupé beaucoup de place dans mon esprit. 34 »

« Mon vrai père, ç’a été Léon. Un mauvais exemple de père, un père pesant, mais père quand même. 35 »

33 Nelly Arcan, Paradis, clef en main, p. 116.

34 Nelly Arcan, Paradis, clef en main, p. 117.

35 Idem.

4. L’inceste

La question de l’inceste est abordée de manière radicale dans Putain, au point d’avoir laissé plusieurs lecteurs troublés. Cynthia, la narratrice, y explique que son métier est intimement lié à sa mère. Si elle a des rapports sexuels avec le plus d’hommes possible, c’est symboliquement avec son père qu’elle a l’impression de coucher.

« Ma mère n’aurait jamais fait ça, elle ne s’est prostituée qu’avec un seul homme, mon père, et si moi je baise c’est pour elle aussi, je baise pour ne pas laisser mon père être le seul, c’est trop navrant, cet homme dressé comme Dieu le Père contre le péché du monde, mon péché et aussi le sien, car je baise avec lui à travers tous ces pères qui bandent dans ma direction, leur gland rougi qui converge vers ma bouche, qui insiste vers le lit, leur haleine, leur bave, l’orgasme et le départ […]. Il ne m’a pas violée, il a fait pire : il m’a prise sur ses épaules pour m’enseigner son point de vue sur le monde. 36 »

36 Nelly Arcan, Putain, p. 33.

5. Frère et sœurs

Nelly Arcan avait un frère mais n’en fait jamais mention dans ses textes. Dans Putain, elle fait mention d’une sœur mort-née, un double qui grandit dans ses pensées, dont elle a emprunté le nom et dont elle fait mention à son psychanalyste.

« […] je m’appelle Cynthia et vous le savez déjà, ce nom n’est pas vrai, mais c’est le mien, c’est mon nom de putain, le nom d’une sœur morte qu’il m’a fallu remplacer, une sœur que je n’ai jamais pu rattraper […]. 37 »

« Je ne parle jamais de Cynthia, car il n’y a rien à en dire, mais je lui ai pris son nom comme nom de putain et ce n’est pas pour rien, chaque fois qu’un client me nomme, c’est elle qu’il rappelle d’entre les mortes. 38 »

« Et parfois, je parle de mon double au psychanalyste, ma wonder woman qui grandit dans mes pensées depuis toujours il me semble, je parle de ma sœur magique à qui j’ai imaginé une autre sœur pour qu’elle ne s’ennuie pas lorsque le devoir m’appelle ailleurs, à l’université ou ici dans cette chambre où je reçois les clients, je lui ai donné une sœur comme on donne un miroir aux perruches, pour qu’elle puisse supporter l’étroitesse de sa cage, pour qu’elle ait une vie sociale dans la solitude de ma tête, et à bien y penser j’ai un double depuis que la vie m’a fait comprendre qu’une autre aurait dû se trouver là où je suis, une autre indestructible venue pour me rappeler que je n’avais pas le génie qu’on me prêtait et que mon acharnement au travail ne viendrait jamais à bout de la maladresse de mes doigts sur le clavier du piano, et parfois, lorsque j’attends un client ou que le cours du matin m’ennuie, je me raconte l’histoire d’une grande famille de femmes comblées par un seul homme, je me raconte une mère et ses deux filles, une mère qui serait la fille d’un homme et de qui elle aurait eu ses filles, j’imagine les deux filles portant l’enfant de cet homme qui serait à la fois leur père et le père de la mère […]. 39 »

37 Nelly Arcan, Putain, p. 121.

38 Nelly Arcan, Putain, p. 12.

39 Nelly Arcan, Putain, p. 75.



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