Psychanalyse et maladie mentale

« La folie émergeait du chaos d’un monde sans définition. La folie provenait de la grimace des choses connues qui échappent soudain, du mensonge du monde sur l’indestructibilité de ses fondements. L’indestructibilité des fondements du monde appartenait à Dieu, qui échouait à les garantir, et qui en devenait indigne. La folie était un monde dont le Créateur se montrait indigne. »

Nelly Arcan, La Honte



Dès le début de ses études universitaires en littérature, Nelly Arcan s’est intéressée aux thèmes de la folie et de la maladie mentale, lisant nombre d’ouvrages de psychanalyse, notamment les travaux de Freud ; son mémoire de maîtrise 1 porte sur le texte autobiographique de Daniel Paul Schreber, un magistrat allemand s’étant donné la mort en 1911, et qui y détaille ses délires psychotiques. Dans son œuvre de fiction, d’ailleurs, le thème du suicide est souvent associé aux pathologies des personnages.

Dans Putain, un texte écrit en premier lieu à l’intention du psychanalyste de l’auteure, la narratrice, Cynthia, victime de troubles dont on devine qu’ils sont liés à une dépression, raconte sa thérapie, et surtout sa relation avec son analyste.

« […] je suis désolée, mais je n’aime pas employer le terme analysante pour désigner les femmes suicidaires qui se prostituent, je préfère dire qu’elles sont malades, c’est plus honnête et plus excitant aussi, être malade, c’est n’avoir rien à voir avec sa maladie et se laisser aller à gémir d’être ainsi malade, larver en toute légitimité, oui, je pense comme ma mère, mais je vous l’ai déjà dit mille fois, je suis ma mère […]. 2 »

« Alors pour les antidépresseurs je ne dis pas non, en attendant que ma mère meure je veux bien prendre tout ce qu’on peut m’offrir, des comprimés bleus le jour et des blancs la nuit, je veux bien rire d’un faux rire et sans raison sous la pression de la dopamine, rire en attendant de trouver la force de me tuer, d’ailleurs je ne sais pas pourquoi ce n’est pas déjà fait, pourquoi je suis encore là à me dire que je le ferai tôt ou tard, parce que je dois m’en convaincre comme je gagne de l’argent, en ajoutant une heure de plus à toutes celles en trop dans l’espoir fou de voir apparaître un sauveur dans l’excès de caresses qui se répètent […]. 3 »

La folie est aussi omniprésente dans le deuxième roman, Folle. L’auteure y raconte comment sa courte relation avec un homme a presque réussi à lui faire oublier sa condition de femme malade. La folie, fatalement, revient lors de la rupture.

« Ma folie te dépassait, elle te jetait par terre. Tu détestais ma façon de me déclarer faible et de parler des autres en termes de danger, tu disais que pour moi les autres rayonnaient trop et que je devais m’en protéger en les regardant de loin. D’ailleurs au Bily Kun, j’avais tendance à finir les soirées dans un coin, en moi il y avait un élan naturel de retrait, la génuflexion venait toute seule. 4 »

« Je ne savais pas quoi dire. Personne n’avait jamais mis des mots sur ce qui me manquait, plutôt sur ce que j’avais : une dépression, de la misère, la peur des autres, de la difficulté à socialiser. Quelque chose qui manque, c’est dur à voir, c’est difficile à dire. 5 »

Dans la nouvelle La Honte, Nelly Arcan raconte les conséquences d’un passage désastreux à la télé, et avoue avoir eu des périodes difficiles où elle était régulièrement internée et fortement médicamentée.

« Cette pierre lancée l’écorcha en la couvrant de ridicule. Nelly ne sortait plus dans les bars depuis des années et elle n’avait qu’un souvenir flou de son passage aux Francs Tireurs, étant fortement médicamentée à cette période de sa vie où elle ne cessait de faire des allers-retours entre son lit et les urgences psychiatriques de Montréal. 6 »

« Entre vingt et trente ans sa fille avait subi des chirurgies esthétiques, elle était allée chercher plastiquement les canons de beauté qui se jetaient sur les gueules à tous les coins de rues. La mère n’était pas en désaccord. Quand sa fille était arrivée à la maison il y avait de cela une décennie, une veille de Noël, avec son nouveau nez, mine de rien, sans l’avoir annoncé, la mère avait compris. Elle avait moins bien compris les seins parce qu’ils étaient déjà moyens. Mais la médiocrité était intolérable pour qui se prenait pour Dieu. Pour le reste, s’il y avait un reste, la mère n’était pas au courant.

« Puis à l’aube de ses trente ans sa fille était devenue folle. Sous couvert de dépression elle avait voulu s’achever bien des fois. Par maladresse elle avait toujours survécu. Depuis quelques années la mère avait dû conclure que les chirurgies n’avaient pas rassasié sa fille et qu'elle était donc fondamentalement insatiable de ce qu’elle n’était pas. 7 »

1 Nelly Arcan, « Le poids des mots, ou la matérialité du langage dans les mémoires d’un névropathe de Daniel Paul Schreber », mémoire de maîtrise, Université du Québec à Montréal, 2003.

2 Nelly Arcan, Putain, Paris, Seuil, « Points », 2002 [2001 pour la première édition], p. 98.

3 Nelly Arcan, Putain, p. 142.

4 Nelly Arcan, Folle, Paris, Seuil, « Points », 2005 [2004 pour la première édition], p. 142.

5 Nelly Arcan, Paradis, clef en main, Montréal, Coups de tête, 2009, p. 100.

6 Nelly Arcan, La Honte [inédit].

7 Idem.

1. Une histoire de famille

La folie, comme le suicide ou le malheur, s’inscrit toujours chez Nelly Arcan dans une histoire de famille ; elle se transmet de génération en génération. Cela est particulièrement évident dans Putain, où Cynthia cherche à sortir sa mère, qui subit le désintérêt de son mari, de son isolement et de sa dépression en conquérant elle-même le plus d’hommes possibles. Évidemment, la narratrice vit elle-même une dépression pénible, et ses démarches s’avèrent toutes vaines. 8

« […] il ne s’agit des autres mais de mon dégoût d’être une larve engendrée par une larve, dégoût pour cette mère que je déteste à chaque moment, jusque dans la plus lointaine de mes arrière-pensées, et si je la déteste à ce point ce n’est pas pour sa tyrannie ou pour un pouvoir dont elle jouerait traîtreusement, non, mais pour sa vie de larve, sa vie de gigoter à la même place, se retournant sur son impuissance, sa vie de gémir d’être elle-même, ignorée par mon père, sa vie de penser que mon père la persécute et lui veut du mal, mais mon père ne veut rien d’elle, rien pour elle, il ne la déteste ni ne l’aime, seule la pitié le retient de partir là-bas, sur son voilier pour faire le tour du monde, et elle le sait mais ne fait rien, d’ailleurs a-t-elle déjà fait quoi que ce soit dans sa vie en dehors de ses activités et de ses plaintes de larve, flac flac du dos au ventre et du ventre au dos, plier et déplier en même temps dans le lit conjugal, mourir d’être une larve sous les couvertures nuptiales, la Belle au bois dormant, ni belle ni même dormant car pour dormir vraiment, sainement, dormir comme dorment les mères tranquilles, il faudrait qu’elles sache vivre sans mon père et je vous dis qu’elle a besoin de lui pour dormir ou se réveiller ou encore pour manger, elle a besoin de lui alors que lui n’en veut pas, alors qu’au détour d’un geste qu’il ne lui adresse pas elle le suit de ses yeux de chienne qui attend l’heure de la promenade. 9 »

Cette hérédité est également présente dans Folle :

« Depuis que je suis toute petite, mes parents m’ont mise en garde contre la décadence qui traîne dans la famille. Du côté de ma mère, tous les hommes sont morts alcooliques, dans la famille de ma mère, il existe un penchant certain pour la noyade. 10 »

Dans À ciel ouvert, Pierre Nadeau, un des trois protagonistes, est progressivement affecté par des troubles psychologiques causés par la maltraitance de son père pendant son enfance. Ces troubles se matérialisent au quotidien dans sa fascination morbide pour la chair humaine.

« Son histoire avec Charles était un malentendu. Elle aurait dû le comprendre dès le début, elle qui savait à quel point il est impossible pour un être, homme ou femme, de se sortir d’un passé de grand traumatisé, à quel point la rédemption des enfants de parents fous n’est qu’une belle histoire qu’on se raconte, un autre doigt foutu dans l’œil. Elle aurait dû le comprendre, elle qui savait dès le départ que Charles était un photographe de mode, qui avait rencontré très vite les déviations par lesquelles il prenait son pied, elle qui était même allée jusqu’à les aimer. 11 »

« Charles avait beaucoup à dire sur son père, qui avait bien failli le rendre fou : ses explosions qui avaient suivi de près le départ de Diane et de Marie-Claude, qui étaient devenues de plus en plus fréquentes, de plus en plus sourdes, et qui avaient fini par lui faire perdre la boucherie familiale en moins d’un an, avant de le mener à l’hôpital psychiatrique où il se trouvait encore ; ses bouffées, ses montées vers l’enfer, ses dérapages qui déroutaient Charles, forcé de mettre le pied dans les ténèbres du père qui les lui faisait voir par bribes, effrayantes ; ses mondes de télépathie, de dangers de mort, de créatures femelles assassines et mutantes, d’informateurs de l’au-delà, de signes de catastrophes planétaires, de conspirations élaborées contre lui en haut lieu, au Gouvernement, dans les sphères du Pouvoir Suprême. »

« La grandeur et la force physique de Pierre Nadeau lui permettaient de régner dans la maison, sur le fils qui était son seul public, et d’imposer sa folie en loi. 12 »

« Le père liait entre eux les éléments les plus lointains, les plus fantastiques, il se perdait dans son système en croyant s’y retrouver, comprendre de mieux en mieux les dangers planétaires qui menaçaient l’humanité ; et immanquablement Charles commençait à gémir, à pleurer, ne tenait plus en place, ne se sentait bien nulle part, pas même dans sa chambre d’où lui parvenaient toujours les déjections du père. Le père réagissait alors, Charles existait enfin, ce fils qu’il lui fallait écarter, cette existence qui, à présent, hurlait. Il le traînait jusqu’à la chambrette, un ancien réfrigérateur qui ne s’ouvrait pas de l’intérieur. Il faisait disparaître le fils en l’y enfermant, à moitié pour ne plus avoir à subir sa présence dans le déploiement de son délire, à moitié pour l’en protéger, de ce délire au milieu duquel il percevait, par éclaircies, l’angoisse de Charles témoin de sa folie, qu’il voulait guérir. Il allait presque toujours le chercher une heure plus tard, deux heures tout au plus, mais parfois il l’oubliait tout à fait, se réveillait au milieu de la nuit en se rappelant qu’il l’avait oublié. Alors il courait jusqu’à la chambrette, pardon, pardon, il faisait sortir son fils en boule qui grelottait, toujours gémissant, pour le couvrir de sa tendresse rugueuse, le serrant trop fort, pleurant sur lui, l’étouffant, pardon, pardon, tendresse qui était, pour Charles, pire que ses heures de détention. 13 »

Dans Paradis, clef en main enfin, la dépression est également héritée des générations précédentes :

« Elle s’appelle Antoinette Beauchamp, son oncle s’est suicidé lorsqu’elle avait quinze ans, son grand-père aussi, ça court dans la famille. »

8 Le Papier pressé, le bulletin du livre francophone d’Amérique, 17 janvier 2002.

9 Nelly Arcan, Putain, p. 36-37.

10 Nelly Arcan, Folle, p. 86.

11 Nelly Arcan, À ciel ouvert, Paris, Seuil, « Points », 2010 [2007 pour la première édition], p. 182-183.

12 Nelly Arcan, À ciel ouvert, p. 58.

13 Nelly Arcan, À ciel ouvert, p. 59-60.

2. Le psychanalyste

Si les thématiques de la folie et du suicide traversent l’œuvre de Nelly Arcan dans son entièreté, c’est aussi, dans une moindre mesure, le cas du personnage du psychanalyste. (Rappelons que le texte de Putain était au départ des notes écrites dans un carnet qu’Isabelle Fortier (bientôt Nelly Arcan) gardait à l’intention de son psychanalyste.) Dans une entrevue donnée au quotidien France Soir en décembre 2001, Nelly Arcan raconte la genèse tortueuse de ce premier opus :

« Il y avait longtemps que j’avais envie d’écrire. Au départ, c’était une sorte de journal intime que j’avais écrit pour un psychanalyste, mais je n’avais pas l’intention d’en faire un livre. Ce que je voulais d’abord, c’était me soigner en mettant en scène mes maux dans l’écriture. Le psychanalyste l’a lu et m’a dit d’en faire un livre pour ne pas travailler de façon analytique. Car n’en faire qu’une thérapie signifiait détruire le texte, or il trouvait cela un peu dommage. J’ai d’abord accepté de renoncer au travail analytique pour que le livre existe. 14 »

Dans Putain, le personnage du psychanalyste est une figure idéalisée qui joue à la fois le rôle du père et de l’amant idéal.

« Et si je sais si bien ce qui m’attend, c’est sans doute que j’y suis déjà, à ce qui m’attend, au sommeil et au mutisme, je suis déjà là où en est ma mère car avoir vingt ans est déjà trop lorsqu’on est une femme, lorsqu’on est une putain, c’est le début des rides et des cheveux blancs et surtout du souvenir qu’on fut jadis sans rides et sans cheveux blancs, c’est le début des regards qui changement et qui ne s’attardent plus, et quand je parle de cette façon je pense surtout à l’homme de ma vie, au seul homme qui ne sera jamais un client et qui est aussi mon psychanalyste, l’homme que je paye pour qu’il entende le ressassement de ce que j’ai à dire, et peut-être vaudrait-il mieux qu’il me frappe pour de bon, qu’il me batte avec ses poings pour réduire au silence ce discours de mort qui se donne la nausée et qui en a assez de se poursuivre, qui s’épuise à détruire encore et encore ses objets de moins en moins nombreux, et cet homme a bien une femme à lui et qu’en est-il d’elle au juste, souffre-t-elle de le voir se pencher sur le malheur de jeunes putains et se penche-t-on sur elle à l’occasion, pense-t-il à elle lorsqu’il m’écoute et pense-t-il à moi lorsqu’il lui fait l’amour, voilà des questions auxquelles je préfère qu’on ne réponde pas […]. 15 »

« […] il est payé pour tenir bon, il ne faut pas l’oublier, tenir bon son rôle de psychanalyste qui a confiance en ses méthodes, car que resterait-il de la cure s’il baissait les bras devant mes silences et la monotonie de mon discours, je n’en sais rien, nous serions deux à les avoir baissés et on se rejoindrait enfin dans la défaite comme les gens défaits savent si bien le faire, on se tiendrait les mains et les coudes en déplorant de ne pouvoir être à la fois sains et amoureux, on boirait à la vie avec le fou rire des gens qui l’ont échappé belle, on boirait à la faillite de ses techniques et à la victoire de l’inconscient, et puis je n’y crois pas à ce réservoir de pulsions qui doit bien finir par céder sous la pression de l’expertise et dévoiler la morbidité de ses mécanismes, voilà pourquoi il serait vain de vouloir en repérer les traces entre deux mots ou deux rêves ou toute autre chose qu’on décrit longuement dans ces bouquins qu’il serait tout aussi vain de lire, il me manque tout de ce qu’il faut pour guérir, l’organe et la maladie, le remède et le désir, et que je sois malade serait une bonne nouvelle, je veux dire malade d’une maladie qui ait un nom et qu’on puisse diagnostiquer sans ambiguïté, mesdames et messieurs, je suis malade de ceci, de cette maladie qui existe car elle a un nom, et présentement je suis malade de ne pas pouvoir nommer le mal que j’ai, et vous verrez que je mourrai de ça, de ces mots qui ne me disent rien car ce qu’ils désignent est bien trop vaste pour m’interpeller, bien trop peu pour me dissocier de ma mère. 16 »

« […] j’ai vieilli à son contact, oui, ma jeunesse a besoin de la vieillesse des autres pour rayonner, j’ai besoin de leurs rides et de leurs cheveux blancs, de leur trente ans de trop, il me faut leur mollesse pour être bandante, pour être puissante, et puis d’ailleurs les femmes sont toujours plus vieilles que les hommes même si elles ont le même âge […]. 17 »

La représentation du psychiatre est tout à fait opposée dans Paradis, clef en main, où il est un être faible décrit comme une « pute de la pensée ».

« Ça vaut quand même le coup d’œil, le chemin vers le psychiatre : Paradis, clef en main s’offre les services d’un médecin du cerveau, d’une pute de la pensée humaine pas orthodoxe ni très catholique, qui n’est pas là pour guérir des patients mais plutôt pour les sonder et obtenir, mine de rien – j’imagine pour une raison de bonne conscience de la compagnie, pour qu’elle puisse dormir sur ses deux oreilles et fermer l’œil la nuit –, la certitude que, du mal de vivre, ils n’en guériront jamais. Et encore, je n’en suis pas sûr. Les psychiatres ne sont pas à l’abri du désespoir, ni de la folie. Surtout pas celui de la compagnie. 18 »

« Le psychiatre s’est étouffé, il a toussé, puis il a commencé à pleurer. On ne s’habitue jamais au fait de ne pas comprendre ce qui se passe. L’esprit cherche toujours une raison, une explication, c’est un réflexe organique comme un genou frappé par un marteau de médecin, c’est la jambe qui se soulève malgré soi, en dépit de la volonté. Et mon explication à cette complainte qui m’ahurissait, à ce moment-là, dans le confessionnal, était que cet homme n’était pas mon psychiatre, mais qu’il me prenait, moi, pour le sien. 19 »

14 France Soir, 4 décembre 2001

15 Nelly Arcan, Putain, p. 118.

16 Nelly Arcan, Putain, p. 144.

17 Nelly Arcan, Putain, p. 159.

18 Nelly Arcan, Paradis, clef en main, p. 71.

19 Nelly Arcan, Paradis, clef en main, p. 89.

3. Psychanalyse et littérature

Fascinée par Freud, Nelly Arcan a hésité entre la psychanalyse et la littérature. Elle a choisi les deux en consacrant sa maîtrise à l’étude des Mémoires d’un névropathe, de Daniel Paul Schreber, un magistrat allemand interné pour psychose à plusieurs reprises à la fin du xixe siècle. Lors de sa soutenance, sa directrice, Anne Élaine Cliche, écrira dans son texte de délibération: « Ce mémoire est un des plus ambitieux et des plus réussis que j’aie dirigés, un des plus libres, aussi. Il montre une connaissance rigoureuse du savoir psychanalytique, mais surtout, une écoute et une sensibilité à la langue et à la logique. »

« Ce n’était pas grave parce qu’à ce moment de ma vie, je ne faisais rien, pas même écrire, je rédigeais un mémoire de maîtrise qui affolait ma directrice parce qu’elle constatait mes problèmes de syntaxe où s’écroulait ma démonstration théorique sur la folie du président Schreber, ce magistrat allemand qui avait rédigé le procès-verbal de son délire. Pour elle le dérèglement de la langue allait de pair avec des problèmes d’ordre mental, c’était une lacanienne. Elle seule savait que sur le marché de la publication, j’étais un imposteur. La publication m’a rendue redevable. 20 »

À lire aussi :

Sigmund Freud, « Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa : Le président Schreber » dans Cinq psychanalyses

20 Nelly Arcan, Folle, p. 43.



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